Les boissons dites « énergisantes » : définition et composition

L’expression, « boisson énergisante » est un terme marketing – qui n’a pas de réalité réglementaire -relatif aux boissons censées « mobiliser l’énergie » en stimulant le système nerveux. C’est pour cette raison que nous parlerons par la suite de boissons dites « énergisantes » (BDE). La promotion des BDE met donc l’accent sur leurs propriétés stimulantes et sur plusieurs bénéfices découlant de leur consommation, dont l’amélioration de la performance intellectuelle et physique. Il ne faut pas les confondre avec les « boissons énergétiques » qui sont des boissons de l’effort spécifiquement formulées pour fournir de l’énergie dans le cadre d’une dépense musculaire intense. Les BDE entrent dans la catégorie des « aliments faisant l’objet d’adjonction de substance à but nutritionnel ou physiologique » (appelés plus simplement « aliments enrichis »). Ce ne sont pas des « novel foods » en raison de leur date de première mise sur le marché en Europe (1987 en Autriche), antérieure à la date d’entrée en vigueur du règlement n°258/97 relatif aux nouveaux aliments (le 15 mai 1997).

Ces boissons contiennent un mélange de différents composés excitants comme la caféine (sous forme synthétique ou naturelle (guarana)), la taurine, des dérivés sucrés (glucuronolactone, ribose) et des vitamines du groupe B. Les teneurs en ces différents ingrédients varient d’une marque à l’autre.

La première BDE qui fait son apparition en France en 2008 est une reformulation de la boisson d’origine, ne contenant plus de taurine et de glucuronolactone, remplacées par de l’arginine ; mais les boissons actuellement sur le marché en contiennent. Le produit reformulé est mis sur le marché en juillet 2008, alors que l’Afssa se trouve dans l’impossibilité de démontrer les effets délétères de sa consommation.

Nombre de personnes consommant des boissons dites « énergisantes »

Un quart des consommateurs de BDE ont moins de 25 ans et 60% sont des hommes

Lieu de consommation

La consommation est relativement festive puisqu’elle concerne 52% des consommateurs hors foyer. En effet, 39% déclarent en consommer en soirées, 18% dans les bars, 12% en discothèque et 8% lors de concerts (Figure 15) (N.B. : chaque consommateur peut avoir déclaré en consommer dans plusieurs lieux).

La consommation hors foyer pendant une activité sportive concerne 29% des consommateurs hors foyer. 16% des consommateurs hors foyer en consomme sur leur lieu de travail ou d’étude. Enfin, un peu plus de 5% des consommateurs hors foyer en consomment en voiture, sur les autoroutes ou pendant un déplacement (ils représentent 63% des « Autre » lieu de consommation).

Ramené à l’ensemble des consommateurs de BDE, 32% des consommateurs de BDE déclarent en consommer dans un cadre festif, 17% pendant une activité sportive, 10% sur leur lieu de travail et 3% sur la route.

Lieux de consommation

  • Soirées privées, amis… 39%
  • Sport 29%
  • Bars 17%
  • Dans la rue 17%
  • Lieu de travail / études 16%
  • Discothèques, concerts 9%

Consommation 88% en dehors ou 6% pendant les repas

Les types de boissons dites « énergisantes » consommées

Avec une augmentation de plus de 30% en 2 ans, le marché des BDE progresse rapidement (Figure 7). L’augmentation est plus importante à fin septembre 2011 avec une progression de plus de 20% par rapport à l’année précédente.

Malgré cela, le volume des ventes de BDE en hypermarchés, supermarchés et hard discounters ne représente qu’une faible part (1%) du marché des « soft drinks » (toutes les boissons sucrées gazeuses ou non, avec sucres et/ou édulcorants – jus exclus), et ne représentent que 5% du chiffre d’affaire en 2011.

redbullLe marché est dominé par Red Bull® qui représente 41,8% des ventes en hypermarchés, supermarchés et hard discounters de plus de 400 m² (Figure 11). La marque représentait 51,4% des ventes en 2009, la concurrence semble s’être développée depuis avec notamment la marque Monster® et les marques de distributeurs qui ont vu leurs volumes de ventes augmenter. Malgré cela, Red Bull® reste leader sur le marché des BDE.

Les boissons sans sucres (« light ») restent peu développées et ne représentent que 5,7% des volumes de BDE vendues en hypermarchés, supermarchés et hard discounters de plus de 400 m² en 2011 ; alors qu’elles représentaient 6,7% des volumes de vente en 2009 et 7.3% en 2010.

Quantités de caféine, taurine et glucuronolactone dans les boissons dites « énergisantes »

Parmi les 103 BDE pour lesquelles une liste d’ingrédients est disponible, les quantités associées ne sont pas systématiquement indiquées.

  • Pour la caféine : 68% des BDE contenant de la caféine (n=91) n’ont pas de quantité associée (Figure 4) ;
  • Pour la taurine : 48% des BDE contenant de la taurine (n=54) n’ont pas de quantité associée (Figure 5) ;
  • Pour la glucuronolactone : 59% des BDE contenant de la glucuronolactone (n=34) n’ont pas de quantité associée (Figure 6).

Néanmoins, lorsque l’information concernant la quantité est disponible, celle-ci varie :

  • de 12 mg/100mL à 32 mg/100mL pour la teneur en caféine (Figure 4) ;
  • de 250 mg/100mL à 410 mg/100mL pour la teneur en taurine (Figure 5) ; de 24 mg/100mL à 240 mg/100mL pour la teneur en glucuronolactone (Figure 6).

Quand elles sont étiquetées, les teneurs en caféine et en taurine varient donc du simple au double parmi les BDE étudiées, alors que celles en glucuronolactone varient d’un facteur 10 selon les boissons considérées.

Parmi les 103 BDE présentant une liste d’ingrédients, 12 n’indiquent donc pas contenir de la caféine en tant qu’ingrédient (=103-91). Elles ont été examinées plus particulièrement.

Parmi elles, se retrouvent les 8 boissons indiquant du guarana dans leur liste d’ingrédients mais pas de caféine. Or, d’après Gray et al.4, l’extrait de guarana contient de 2 à 8% de caféine. C’est ainsi qu’une de ces boissons qui n’étiquette pas la présence de caféine dans ses ingrédients, mais uniquement celle de guarana, indique en revanche dans ses valeurs nutritionnelles contenir 10mg/100mL de caféine. Ces 8 boissons ne peuvent donc pas être considérées comme exemptes de caféine.

Substances présentes dans les boissons dites « énergisantes »

Les BDE se caractérisent principalement par la présence de caféine, de taurine et de glucuronolactone, mais aussi d’extraits de guarana et de ginseng, différentes vitamines, essentiellement du groupe B, ainsi que par une teneur en glucides élevée et globalement supérieure à celle des boissons énergétiques. D’autres substances sont également présentes mais de manière moins systématique : maltodextrine, carnitine, créatine ou encore extraits de ginkgo-biloba.

Les 3 substances étudiées dans ce rapport sont la caféine, la taurine et la glucuronolactone car elles sont caractéristiques des BDE. Par ailleurs, il s’agit des substances les plus souvent quantifiées dans les listes d’ingrédients. De plus, leur étude est essentielle car la consommation de BDE augmente l’exposition à ces substances et pourrait donc représenter un risque

Conclusions ANSES

Les boissons dites énergisantes (BDE) sont des sodas enrichis en diverses substances déjà présentes dans l’alimentation (caféine, guarana, taurine, vitamines, ginseng,…)

plus d’une centaine de ces boissons sur le marché français. Elles ont une composition relativement hétérogène sauf en matière de caféine, présente quasi-systématiquement dans ces boissons. La consommation d’une canette standard (250 ml) de boissons dites énergisantes apporte en moyenne l’équivalent en caféine de deux cafés « expressos » (50 ml) ou de plus de deux (2,3) canettes de sodas au cola (330 ml).

L’imputabilité de la consommation de boissons dites énergisantes dans la survenue de ces évènements indésirables a été jugée très vraisemblable ou vraisemblable pour 25 cas, soit 12 % des signalements. Les principaux symptômes observés parmi ces derniers sont essentiellement cardiovasculaires (arrêt cardiaque, sensations d’oppression ou de douleurs thoraciques, tachycardie, hypertension…), psycho-comportementaux ou neurologiques (irritabilité, nervosité, anxiété, voire crises de panique, hallucinations, épilepsie, etc.).

En ce qui concerne les arrêts cardiaques signalés dans le dispositif de nutrivigilance et ceux rapportés dans la littérature, ils surviendraient très vraisemblablement chez des sujets génétiquement prédisposés (canalopathies fréquentes pouvant toucher jusqu’à 1 individu sur 1000 et généralement non diagnostiquées) et seraient liés à des troubles du rythme cardiaque résultant de la consommation de boissons dites énergisantes associés à certains facteurs de risque supplémentaires comme l’exercice physique (sport, danse,…), la forte consommation d’alcool, l’hypokaliémie, certains médicaments ou une sensibilité individuelle à la caféine.

Les autres effets cardiovasculaires et psycho-comportementaux ou neurologiques signalés, correspondent aux effets indésirables couramment observés après une prise de caféine en quantité élevée.

A l’issue de l’analyse des cas de nutrivigilance et des données bibliographiques, la caféine de ces boissons a été considérée comme le facteur explicatif majeur même si quelques données parcellaires suggèrent que la taurine associée à la caféine dans certaines boissons énergisantes pourrait avoir un effet additionnel sur l’élévation de pression artérielle et favoriser la survenue d’angines de poitrine.

Tasses de caféLa caféine est naturellement présente dans plus de 60 plantes, comme le café, le thé, la kola, le guarana et le maté, et peut également être produite par synthèse chimique. Cette molécule est bien connue tant pour ses effets sur la vigilance, notamment en situation de déficit de sommeil que pour ses effets indésirables nombreux : anxiété, tachycardie, troubles du sommeil, migraines. Il existe dans la population générale une très grande variabilité de la sensibilité aux effets de la caféine. Cette variabilité est liée à la fois à des profils génétiques différents (50 % de la population est considérée comme « métaboliseur lent », profil plus sensible à la caféine), à des facteurs physiologiques (âge, grossesse,…), aux habitudes de consommation de caféine, à l’état de santé ou à des co-expositions telles que le tabac, l’alcool et divers médicaments.

Environ 30 % de la population adulte et 1 à 2 % des enfants et adolescents, sont en dépassement pour le seuil retenu comme générateur d’anxiété (correspondant pour un adulte à l’apport en caféine d’environ 6 expressos) ;

  • 11 % des 3 à 10 ans et 7 % des 11 à 14 ans dépassent le seuil de développement d’une tolérance à la caféine et du déclenchement de symptômes de sevrage (correspondant pour un enfant de 35 kg à une consommation de moins d’une demie canette standard de boissons dites énergisantes ou d’une canette de soda au cola) ;
  • et près de 7 % de la population adulte excède le seuil au-delà duquel une toxicité chronique plus générale est suspectée (santé osseuse et cardiovasculaire, cancer, fertilité masculine,…).

Consommation de BDE au cours de l’activité physique

Les BDE sont utilisées par certains sujets qui recherchent à améliorer leurs performances physiques. En France, 41 % des consommateurs de BDE déclarent consommer ces boissons avant, pendant, ou après une activité sportive. Si les BDE peuvent améliorer les performances de longue durée chez certains sujets, lorsqu’elles sont consommées suffisamment tôt avant l’exercice (sans que cela ne puisse être généralisé), les BDE n’ont aucun intérêt nutritionnel. En effet, contrairement aux boissons de l’effort, parfois appelées « boissons énergétiques », dont la composition nutritionnelle est adaptée à la pratique d’activité physique, les BDE ne permettent pas de préserver l’équilibre hydroélectrolytique. Au contraire, la caféine des BDE par ses effets diurétiques majore les pertes hydroélectrolytiques. Cette déshydratation est aggravée par le caractère hyperosmolaire de la plupart des BDE. De plus, la caféine altère les processus de thermorégulation lorsque l’exercice physique est pratiqué à la chaleur, induisant une augmentation de la température corporelle, et par conséquent un risque accru d’accident à la chaleur.

La consommation de BDE dans un cadre festif est propice au cumul de plusieurs facteurs de risque, notamment la co-consommation d’alcool, l’exercice physique (par exemple lié à la danse) et la chaleur.

Conclusions sur les effets recherchés et les risques de la consommation de BDE dans le cadre sportif

  • Les BDE sont utilisées par certains sujets pour l’amélioration des performances physiques.
  • Les BDE ne semblent pas améliorer les performances d’exercices très intenses et de courte durée (exercices anaérobies et de force-puissance musculaire).
  • Si les BDE peuvent améliorer les performances de longue durée chez certains sujets, l’extrapolation de cette conclusion à la population générale est difficile car il existe une variabilité élevée des réponses observées. C’est très probablement la caféine qui explique les effets sur les performances en endurance et la sensibilité individuelle variable à la caféine qui explique la grande v0ariabilité interindividuelle des effets des BDE.
  • Contrairement aux boissons de l’effort, dont la composition nutritionnelle est adaptée à la pratique d’activité physique, les BDE n’ont aucun intérêt nutritionnel chez l’Homme en situation d’exercice et ne permettent pas l’équilibre hydroélectrolytique.
  • Au contraire, la caféine des BDE par ses effets diurétiques, peut majorer les pertes hydroélectrolytiques.
  • L’hyperosmolarité de certaines de ces boissons est un facteur aggravant de déshydratation.
  • De plus, la caféine altère les processus de thermorégulation lorsque l’exercice physique est pratiqué à la chaleur, induisant un stockage thermique par augmentation probable de la production endogène de chaleur. Cette dérive de la température corporelle constitue un facteur de risque d’accident à la chaleur.
  • Parmi les risques sanitaires de consommation de BDE dans le cadre sportif, on retrouve les effets indésirables connus de la caféine.

CONCLUSION ANSES

Eviter la consommation de boissons dites énergisantes lors d’un exercice physique :

  • qui constitue un facteur de risque cardiaque chez les personnes prédisposées ;
  • au cours duquel il est nécessaire de préserver un équilibre hydroélectrolytique, perturbé par les effets diurétiques et l’hyperosmolarité des boissons dites énergisantes ;
  • la caféine entraînant une augmentation de la température corporelle, et par conséquent un risque accru d’accident à la chaleur.

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